Interview: Beyond The Styx

Interview réalisée le 2 mars 2018 à Hillion pour la première date après la sortie de Stiigma.

 

1/Vous venez de sortir votre nouvel album Stiigma et ce soir c'est la première date de votre tournée. On en avait parlé une première fois au Hellfest, c'était juste avant votre entrée en studio, vous nous aviez dit vouloir prendre un virage plus « hardcore ».

C'est chose faite sur l'album, et en live, comment ça se passe ?

 

Emile : Je pense qu'à un moment donné les images elles parlent plus que n'importe quel discours... Si on doit retenir que les images les gens ont bougé, et pour une ville où on avait jamais joué du tout et où je pense que l'activité culturelle est relativement -pour la scène metal et hardcore- inexistante, c'est une très belle date ! (à Adrien) Tu as des choses à rajouter ?

Adrien : Non (rires).

 

Comment tu as ressenti le concert de ton côté ?

 

Adrien : C'était cool en fait, je voyais que ça bougeait un peu devant, c'était une date sympathique.

 

2/Et vous, comment vivez-vous cette sortie ? Est-ce que vous êtes soulagé d'avoir achevé le disque ou au contraire vous appréhendez l'avis du public ?

 

Emile : Je vais commencer, pour moi le stress il est différent. Avant peut-être on avait de l'appréhension vis à vis de la réception, maintenant on a peut-être de l'appréhension vis à vis de la capacité à cet album à vivre et à survivre à travers le temps. Là on a vu que ça bougeait, je pense que c'est un album qui a la possibilité de vivre un certain temps mais il va falloir très rapidement qu'on rajoute quelques chansons au set. On a pris un virage maintenant il faut le poursuivre.

Adrien : Tourne le volant Emile, tourne le volant... Moi je dirais que personnellement la pression elle a été vendredi dernier quand on a fait la release où là ça a vraiment été le moment de « bon bah ça y est on jette le bébé à l'eau avec l'eau du bain » HOP LAAA...

Emile (en fond) : Je suis le maître du monde !!

Adrien : Je pense que l'appréhension elle était là pour tout le monde parce que... là ça y est on se mouille. On s'est mouillé sur le CD, maintenant en live. Bon après on était à la maison, y avait les copains, y avait du monde -y avait plein de gens qu'on ne connaissait pas!- c'était une ambiance génial, c'était plein...

Emile : Non mais ce qui fait plaisir c'est de pouvoir performer l'album devant une affluence moindre, avec des gens qui nous ont jamais vu et de voir la réaction. C'est vrai que par rapport à la maison où les gens ne connaissaient pas les morceaux et pouvaient réagir je dirais de manière appropriée, très gentille club Dorothée on se tape dans les mains, là... ça se mouillait un peu plus et ça fait vraiment plaisir parce qu'on se dit qu'on a l'objectif qui était de clairement avoir un album live est rempli, on verra ailleurs -parce que en Bretagne vous avez un très bon public- mais pour une affluence modérée, c'est bien.

 

C'est vrai que ce n'était pas facile car c'est quand même la première date de la tournée, à Hillion, une toute petite ville...

 

Emile : Il y a des gens qui m'ont dit qu'ils découvraient la carte de France quand ils voyaient nos dates de tournée (rires).

Adrien : Révises ta géographie point com...

Emile : Non mais c'est un vrai plaisir aussi qu'il y ai des milieux comme ça qui existent et qui puissent se mouiller pour des groupes comme nous, parce que sans ça c'est pas dit que demain on jouerait là où on joue...C'est des combinaisons gagnantes pour le coup.

 

3/Est-ce que vous pouvez nous parler de l'abondance de featuring présents (3 titres sur 10). Comment est venue l'envie, l'idée ?

 

Emile:Disons que ces featurings se sont fait pour la simple raison déjà que les personnes ont accepté. Parce qu'on peut avoir des idées, on pouvait en avoir sur notre précédent album, on en avait, mais on avait pas fait forcément les bonnes rencontres. Là, Paul a répondu présent sur Neoblivion (chanteur de Explicit Silence), Romain de Tours (de Real Deal) a répondu présent sur King S et Sly (de Danforth) nous a fait l'honneur d'accepter de chanter sur Nightmare... Voilà comme je disais lors de précédents interviews, tout ça c'est des vrais featuring, c'est des personnes qu'on connaît, c'est des personnes qu'on a pas payé, c'est des personnes qui sont là parce qu'elles on envie de partager des choses avec nous parce qu'elles ont des choses à dire. C'est plus que le précédent album je pense parce qu'on se planque moins derrière des métaphores, c'est un album beaucoup plus militant, beaucoup plus explicit, et peut-être aussi que les personnes se sont retrouvé beaucoup plus sur les textes que sur les précédents. Ceci explique peut-être cela, je dis pas qu'il y aura toujours autant de featurings sur les prochains albums mais l'opportunité s'est présentée, on l'a saisie et je pense qu'elle rend bien. (Adrien revient du merch...) Je sais pas ce que mon collègue musicien a à ajouter... ?

Adrien : Bah j'ai pas entendu la question... (rires)...Il a tout dit c'est vraiment la rencontre des gens !

 

4/J'aimerai que l'on parle un petit peu si vous le voulez bien de Danse Macabre, en particulier du clip.

Il est à l'image de votre musique, sombre, agressif et avec un fort penchant pour le live ? Néanmoins il semble beaucoup plus tourné vers le côté cinématographique de l'histoire et c'est intéressant car vous avez abordé dans une interview l'envie d'une évolution visuelle.

Est-ce que vous pouvez nous parler de ce clip. Quelle est son histoire, comment a-t-il été conçu/réalisé ?

 

Adrien : Ca a été compliqué... (rires). On va dire que ça a été de longues recherches pour trouver quelqu'un pour faire le clip. Pareil c'est une histoire de rencontre via une connaissance de David, qui est quelqu'un du cinéma, donc c'est peut-être pour ça que c'est plus cinématographique. Donc voilà c'est un vrai réalisateur, c'est quelqu'un a qui beaucoup bossé sur le scénario, qui nous a proposé des choses et ça s'est fait comme ça. C'est vrai qu'il y a une évolution, nos premiers clips on voyait beaucoup le groupe et il y avait un chouilla de scénario, deuxième clip, etc... plus on avançait et moins on voyait le groupe. Effectivement on essaie de mettre la musique en avant et moins le groupe -en plus je pense que le groupe on l'a en live- enfin je vois les choses comme ça.

Emile : C'est aussi un peu un concours de circonstances, on avait pas vraiment pensé réaliser le clip dans une dimension aussi sombre. Disons qu'on a laissé carte blanche au réalisateur, on fait souvent confiance aux artistes avec lesquels on travaille, on lui a laissé carte blanche, il nous a donné des idées, et très rapidement c'est lui qui s'est rétracté en nous disant « moi je pense que votre clip il faut l'attaquer sous cet angle là... » on a dit tu penses que c'est la meilleure chose à faire ? Il nous a dit « moi je le vois que comme ça » on avait confiance, on a suivi cette dimension sombre qui nous ressemble et qui nous bottait. Voilà, on voulait juste être sûrs d'avoir quelqu'un derrière la caméra qui puisse assurer d'autant que comme disait Adrien c'est quelqu'un qui vient du cinéma donc avec des codes moins « déjà vu » dans les clips vidéo -sans prétention-... Ce qui est marrant c'est toutes les réactions du public, et même de Youtube ! Merci pour la censure... Images violentes, etc... Je pense qu'on est passés entre les mailles du filet mais ça s'est pas joué à grand chose. Mais ce qui est marrant c'est plutôt nos fans, ils nous ont posé des questions « Est-ce que c'est le début d'une suite ? », « Qu'est-ce qui se passe ? », des gens qui nous posaient des questions de fond sur le clip, chose qui nous est jamais arrivé ! Pourtant le précédent clip sur Lupus aurait pu prêter à des questions alors que pas du tout. Là par contre des gens sont venus vers nous en privé en disant « mais attendez, il est mort il est pas mort ? L'enfant il devient quoi ? Y aura une suite ? ... ».

Adrien : C'est pas une série quoi !

Emile : Nous c'est pas Hélène et les garçons ! On a pas du tout pensé à ça... C'était trop drôle.

Adrien : Même si Yoann a une basse de la même couleur que le bassiste d'Hélène et les garçons, ça il faut le dire ! (rires) Yoann si tu nous entends.... (rires).

 

5/Enfin dernière question... Est-ce que cette envie de mettre en avant le côté visuel du groupe peut laisser espérer d'autres clips pour Stiigma, et pourquoi pas par la suite un dvd/une captation live, puisque c'est au final ce qui caractérise le mieux votre groupe ?

 

Emile : Il y aura, je pense, très certainement un nouveau clip dans un aspect tout aussi surprenant je l'espère ! Disons que les choses sont pas figées on est là pour surprendre tant en live que sur l'aspect visuel et vidéoclip. Il faudra faire la distinction justement comme tu le disais entre live et le reste. On a je pense des choses à dire en live et on a des choses à montrer sous un autre aspect en vidéo. Rien n'est figé... Après le jour où on aura les moyens... Peut-être plus sur une tournée ou sur une grosse scène, avoir un vidéoclip live ou un dvd live... mais on en est pas là... Mais je pense que c'est vrai on peut scinder ça comme deux aspects différents. Je pense que le live on le réserve pour le live, avec des vidéos, et puis les clips c'est autre chose, c'est un autre aspect de nous. On essaie de diffuser autre chose mais on reste relativement intègre même en clip même si c'est vrai que les moyens sont plus importants.

Adrien : Oui.

Emile : J'aime bien tes réponses (rires).

 

 

Le mot de la fin:

 

Emile :Comme je dis, on fait de la musique pour rencontrer des gens, on est pas juste là pour brailler on a des choses à raconter. C'est hyper important que les gens sortent d'un concert en se disant bah voilà ce soir j'ai peut-être pris une claque visuelle, j'ai peut-être pris une claque sonore, mais j'ai peut-être aussi quelques aspects philosophiques à développer, pour ma vie perso ou peut-être autours d'un verre ou d'un pétard on en sait rien.... Sans aucune prétention on espère juste apporter autre chose que de la violence car ce monde nous en apporte déjà assez, mais un petit peu de réflexion pour ce monde qui clairement sent le sapin.

Adrien : Moi je rajouterais juste un truc pour rebondir sur ce que tu disais, on est dans un petit bled et au final y a encore des bars en France qui font encore des concerts, qui reçoivent les groupes, et quand je dis « reçoivent » c'est une vraie réception quoi pas un endroit où on te dit « ah ouais mais les gars, je vous mets déjà la salle à disposition... ». Il faut que les gens continuent à venir dans ces lieux là ! On adore ces lieux là ! Bon on fait pas que ça parce qu'on a envie de faire plein de choses aussi et c'est pas la même approche.

Emile : Oui mais vous me verrez escalader des barrières, moi je supporte pas la distance avec les gens, Walls elle est écrite pour ça aussi, elle est pas écrite que pour cet enculé de Donald Trump elle est écrite pour tout ce qui nous sépare du public, j'ai pas envie qu'il y ai des crash barrières entre moi et le public, j'ai pas envie qu'il y ai de distance, à un moment donné on est là pour se sentir, on est là pour apprécier et pour partager. Y en aura forcément un jour où l'autre, mais dans ce cas à moi de les braver, au public de les escalader, il faut foutre le bordel quoi merde !

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