Argus Megere - VEII

Voilà maintenant vingt et un ans que les doyens de Argus Megere déversent leur haine de l'humanité à travers un black metal misanthropique et atmosphèrique à souhait. Fondé en 1996 dans le centre culturel de la Roumanie, Timisoara ( 2 447 habitant au kilomètre carré ), force est de constater que le groupe a eu le temps de cultiver son dégoût pour l'espèce humaine. Cette année, le quintet était de retour pour présenter sa nouvelle production, intitulée VEII. 

 

L'album s'ouvre sur Carul Cerului et son introduction mystérieuse. Dans une construction homogène et fluide, chacun assombrie tour à tour le tableau, dans une progression sans faille. Il naît de ce morceau un contraste improbable entre un univers instrumental très dense et sophistiqué, et une voix des plus typiquement black metal. Mais en près de 10 minutes par titre, le quintet a encore bien d'autres choses à faire découvrir, comme par exemple ses incursions vocales monastèriques ( dont la dimension religieuse est accentuée par le chant en roumain peu familié). 

On retiendra également l'entrée en matière épique ainsi que le savant mélange guitare/claviers qui apportent à Tronul Celui Ce Stă De Strajă un côté très symphonique, toujours surplombé par cette voix sombre qui semble propager son ombre sur la musique, telle une brume poisseuse. 

Umbre In Piatră Apuse poursuit cette ascension musicale dans cet univers toujours fidèle à lui-même, et offre un final tourmenté, faisant la part belle à un solo de guitare progressif d'une grande virtuosité et d'une inspiration inépuisable. 

Enfin Tablă reprend sur la note finale de son prédecesseur, et pousse la quête de son macrocosme à son apogée. Les arrangements sont plus que jamais remarquables, les guitares se noircissent, surplombées par une cloche sinistre. Le titre clôture l'album en une apothéose chaotique.

 

Chaque élément de ce disque appuie une indéniable vérité, celle que le groupe, fort de ses acquis, n'aura plus à faire ses preuves pour acquérir la place au sommet qui lui est dûe. VEII étaye la notoriété d'Argus Megere à chaque note, et s'inscrit dans le patrimoine d'une scène sous-estimée. 

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